Kim "Dotcom", fondateur de Megaupload et les autres responsables du site face à la justice

Le 19 Janvier dernier fermait Megaupload, le mastodonte du téléchargement et du streaming vidéo sur Internet. C’est le FBI, appuyé par la SOPA ( Stop online Piracy Act), lors d’une réunion au sommet, qui a décidé d’arrêter tous les serveurs utilisés par le site d’hébergement. Evidémment, la fermeture menu militari du site de téléchargement a surpris son monde et les réactions sont arrivées de toutes parts. En effet, des blogueurs aux élus, les réactions ont afflués, certaines mitigées d’autres énervées, toutes soulèvent de réelles interrogations concernant la pratique du téléchargement, qui, ne nous en cachons pas, fait désormais partie de nos habitudes. Au-delà de la fermeture inattendue d’un des sites les plus visités au monde, le coup d’éclat du FBI est un signal fort annonçant très certainement de nouvelles mesures dans les jours, les semaines ou les mois à venir. FreshVibez revient sur cet épisode marquant du web 2.0 et s’interroge sur les enjeux et les conséquences sur les pratiques de consommation de biens culturels…

L’industrie du divertissement aux anges?

C’est l’information de ces derniers jours, la fermeture immédiate de Megaupload sans aucune autre forme de procès. C’est en effet un moment très important dans l’histoire du web puisqu’il met fin, du moins symboliquement, à l’âge d’or téléchargement immédiat de biens culturels numérisés. Évidemment les premières réactions sont arrivées des premiers concernés qui sont les internautes qui finalement se divisent en deux catégories: Ceux qui utilisaient ce site de façon légale pour le stockage en ligne de vidéos et de musiques. Enfin, seconde catégorie, celle de ceux qui l’utilisaient pour le téléchargement illégal et ainsi se constituer une bibliothèque fournie de films et musiques, inaccessible pour beaucoup de bourses…

Aujourd’hui, tous pleurent la perte d’un site qui servaient quotidiennement à des millions d’utilisateurs qui détenait des milliers de fichiers légaux ou pas. L’industrie dans sa globalité est quant à elle plutôt ravie de cette décision, qui impuissant face à un tel site, ne pouvait que constater les dégâts années après années et composer avec la situation. Évidemment, les pertes financières faramineuses et les questions de propriétés intellectuelles étaient au centre des débats depuis longtemps. On le sait tous, si l’industrie du divertissement était déjà en situation de déperdition bien avant l’apparition de Megaupload, le site a contribué à détériorer la situation. En fait, cette fermeture est une victoire inespérée, même si il faut bien l’avouer, elle survient un peu tardivement.

Des artistes complaisants?

Si vous avez eu l’occasion d’aller régulièrement sur le défunt Megaupload et que vous avez un peu de mémoire, vous avez pu vous apercevoir qu’au cours de l’année 2010-2011, la plateforme crée par Kim « Dotcom » avait décidé de mettre les bouchées doubles. Sans complexe, la plateforme avait décidé de mettre en place une campagne publicitaire afin de promouvoir le site. Ainsi, Megaupload a pu s’offrir les services de Kanye West, Kim Kardashian ou encore de Will.I.AM afin de valoriser le volet stockage du site. Attention cependant, cette campagne ne visait nullement à valoriser le téléchargement illégal mais à mettre en avant la pratique du Cloud qu’Apple utilise désormais pour le stockage de biens numériques.

Les superstars ayant participé à cette campagne ont aussi une part de responsabilité car en prêtant leur image dans le cadre de cette campagne, ils cautionnaient de fait ce qu’était le plateforme et les dérives qu’elle engendrait . La complaisance de ces artistes traduisait le fait que les artistes ne tentaient plus d’éviter à tout prix le piratage mais qu’il fallait composer avec.

Le phénomène Anonymous : La contre-attaque révolutionnaire.

L’arrêt total de Megaupload a fait réagir le collectif Anonymous qui a vu dans cette fermeture une atteinte aux libertés individuelles et à une forme de violation des droits fondamentaux. Le mouvement a riposté en saturant les serveurs des sites du FBI, de l’Elysée et du Ministère de la Justice Néo-Zélandais quelques heures après la chute du géant du téléchargement.

La presse International s’est même fait l’écho du mouvement en relayant les vidéos et les manifestes publiés sur le web par le collectif. Bien que les Anonymous, chantres de la liberté d’expression, ne revendiquent aucune idéologie et se défendent de toute ligne directrice, reste que, le mouvement a considérablement gagné en visibilité et en notoriété auprès des internautes, qui sur les réseaux sociaux, ont commenté allègrement les actions du collectif. En effet, même si on peut s’interroger sur les réelles motivations et les justifications du collectif, force est de constater que les questions de libertés individuelles et de droits demeurent centrales même sur le web.

Quelles conséquences sur les pratiques?

La fin de l’aventure Megaupload signifie t-elle la fin du direct download? On ne sait pas vraiment. Cependant, on peut affirmer que l’âge d’or de cette époque est bel et bien révolue. Pourtant, il existe encore en ligne des centaines de sites du même genre. C’est certain, les internautes trouveront des parades, certaines existent déjà avec le Torrent ou le Peer-to-Peer, même si elles sont plus anciennes, plus contraignantes et moins efficaces que le « direct download », ces solutions existent.

Si l’on met de côté les pratiques de consommation de biens culturels, les questions d’usages du web et de propriétés intellectuelles restent en suspend et méritent d’être soulevées. De même, les passionnés qui utilisaient les plateformes de stockage en ligne de façon légale pour héberger des films d’auteurs rares ou encore des albums de rock psychédélique Japonais, introuvables dans le commerce, peuvent se sentir biaisés puisque leurs fichiers se sont envolés avec l’arrêt des serveurs utilisés par Megaupload. Les pratiques de consommations devront évoluer de gré ou de force, c’est une certitude.

Aujourd’hui, on constate que bien peu d’artistes se sont aventurés à commenter la fermeture du site. En effet, on se doute qu’une prise de parole maladroite pourrait évidemment avoir un effet néfaste. Pourtant, on se doute qu’un tel évènement n’est passé inaperçu pour personne. Peut-être faudra t-il attendre quelques semaines avant d’entendre les premières réactions. Quid des autres sites de téléchargement qui restent encore en ligne et qui, au détriment de Megauplaod, récupèrent les parts du gâteau laissé par le géant. Le FBI, toujours appuyé par la SOPA, devrait réitérer ce genre d’actions pour tenter ainsi de mettre fin définitivement au téléchargement illégal puisque la législation, à l’image d’Hadopi en France, semble être bien inefficace et démunie face à cette pratique caractéristique du web 2.0. En réalité, les enjeux de ces fermetures à prévoir sont autant politiques que moraux car il faut avoir en tête que les Etats-Unis comme la France est en pleine période de campagne électorale et que tous les leviers restent des moyens de communication efficaces. Quoi de mieux que de s’attaquer au web pour asseoir son pouvoir aujourd’hui?