Union, c’est l’une des révélations de la scène hip-hop hexagonale de l’année 2012. Le groupe offre un hip-hop instrumental détendu et inspiré. Le premier essai studio du duo Parisien, « Analogtronics », est une franche réussite. Preuve de cet essai transformé, un accueil chaleureux leur a été réservé au moment de la sortie de l’album en Janvier dernier. En 2012, le groupe continue la promotion « Analogtronics ». Encensé par la critique, le groupe est désormais adoré du public hip-hop en France et à l’étranger. On a eu l’immense honneur de pouvoir échanger quelques mots avec OJ et GOLD et d’en découvrir d’avantage. Du succès critique de l’album, aux influences du groupe en passant par la situation de la musique aujourd’hui, le duo se livre sans concessions. Rencontre avec deux mecs bourrés de talent qui font consensus…

 

FreshVibez : Salut les gars, on va commencer par un classique, pouvez-vous vous présenter rapidement pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Union : Nous sommes Union, un duo de producteurs parisiens, OJ et Gold. OJ s’occupe en général des beats et Gold des claviers mais chacun touche à tout.

: Votre premier opus studio, « Analogtronics » a été un vrai succès, les blogs ont énormément relayé votre travail et la vidéo du single « Time Leak » en collaboration avec Talib Kweli & Sly Johnson a littéralement fait un carton. Comment on se sent après la sortie d’un premier  album qui a franchement plu ?

Gold : On est très contents de l’accueil critique en général, on était un peu curieux de voir à quelle sauce on allait être mangés, parce qu’après avoir bossé autant sur ce disque on a envie que les gens l’aiment autant que nous. Quand les premiers bons articles sont tombés, ça nous a fait kiffer.

F : Pour  continuer sur ce premier album, vous avez sur cet opus,  MF DoomGuilty SimpsonRoc MarcianoMoka Only, Rapper Big Pooh ou encore Elzhi de Slum Village,  c’est une liste d’invités impressionnante qui ferait rougir plus d’un beatmaker, comment ses diverses collaborations se sont faites ?

Gold : C’est OJ la source de tout ça ! Moi j’aurais même pas osé approcher ces gars là. OJ, lui , avait une idée de feat pour chaque morceau, et ça a payé. J’ai beaucoup appris de cette expérience. Si tu veux collaborer avec quelqu’un et que ta démarche est sincère, tu vas y arriver. Après le contact s’est fait en direct quand les rappeurs sont passés a Paris, comme ELzhi, Guilty, Talib, Doom, par le net comme Moka ou Rapper Pooh, ou par le label pour Roc Marciano.

 

F : Vous êtes signés sur Fat Beats Records. Les plus fans de hip-hop connaissent ce réputé label et surtout les têtes d’affiche du label : Blu & Exile, Oddisee, Elzhi, Apollo Brown…Comment s’est passée cette signature et surtout qu’est-ce que ça fait quand on est sur un tel label ?

Gold : Quand on a eu 5 titres, on a fait un beau petit package CD et on a envoyé ça a tous les labels qui nous faisaient kiffer. Fatbeats a été dans les premiers à nous répondre et nous ont fait la proposition la plus intéressante. On était plutôt fiers de rentrer chez Fatbeats.

j’ai été traumatisé par Hancock, j’ai relevé tous ses solos et je connais sa discographie sur le bout des doigts

 

F : En écoutant votre album à plusieurs reprises on se rend compte que les influences sont plurielles et très variées. Celle de J-Dilla est plutôt perceptible ainsi que celle de Kraftwerk ou encore d’Herbie Hancock. Vous êtes d’accord avec ça ?

Gold : Mais c’est tout a fait ça ! Dilla pour les beats, Kraftwerk pour les synthés et Herbie pour les harmonies et le Fender Rhodes. En fait, j’ai été traumatisé par Hancock, j’ai relevé tous ses solos et je connais sa discographie sur le bout des doigts. C’est un peu mon papa  Kraftwerk , c’est pour les synthés. Quand t’écoutes « The man Machine », c’est hallucinant,  la profondeur et la vie qu’il y a dans le son. On essaie toujours de se rapprocher de ce truc organique et vivant.

F : En lisant la presse et les blogs spécialisés, on se rend compte que les puristes vous citent souvent comme étant « un vent de fraîcheur dans le paysage du hip-hop ». Est-ce que vous le ressentez comme ça ou vous trouvez cette affirmation gênante?

Union: Ça fait plaisir de lire ça. On fait notre truc, si les gens trouvent ça frais, c’est bien pour nous !

F : Si on regardait tout de suite dans vos iPod, qu’est-ce qu’on y trouverait ?

OJ: Kendrick Lamar, Hit-Boy, A$ap Rocky, Metronomy, Dilla…

Gold : Chrome Canyon, Julien Dyne, Redrama, Gotye….

F : Les productions sur « Analogtronics » sont richement construites et extrêmement recherchées. En écoutant l’album avec attention, on se rend compte qu’il y a une volonté de « sublimation du beat » . Par exemple, il y a dans plusieurs titres, à l’image de l’excellent « Light Odyseey », de longues et complexes parties instrumentales. On voit que vous laissez la musique faire corps avec l’auditeur. Personnellement, ça fait longtemps qu’on n’avait pas entendu ce genre de choses, d’où tenez-vous cette façon de faire de la musique ?

OJ: En fait je pense qu’un morceau instrumental légitime plus le fait d’intégrer plusieurs parties différentes, plutôt qu’une boucle qui tourne pendant 3 minutes.

Gold : Je t’invite a ré-écouter « Headhunters » de Hancock*. Il y a une rythmique qui groove et des ambiances/solo au-dessus, ça vit, ça improvise et c’est toujours musical. Je crois que ça vient de ces disques de jazz-funk qui mêlaient groove et ambiances.

F : Si vous deviez citer trois artistes comme « inspiration ultime » lesquels citeriez-vous ?

Union: Michael Jackson, on a beau avoir écouté tous ses morceaux des milliers de fois j’arrive toujours à être étonné à quel point c’est classe et comme ça groove ; Hancock bien sûr, et Dilla.

F : Aujourd’hui, la pratique du beatmaking est une pratique très répandue aux Etats-Unis, en France mais également dans le monde entier. Ce qui était une forme de contre-culture est devenu aujourd’hui une sorte de norme. Comment percevez-vous l’évolution de cette culture de la « création de beats » ?

OJ : Tout ce que je vois, c’est qu’aujourd’hui tout le monde peut être beatmaker/ producteur/compositeur avec un peu de notions. Bien loin des modèles des années 90 comme Dj Premier, Pete Rock, Marley Marl.

F : Qu’est-ce que ça veut dire être beatmaker pour vous aujourd’hui ?

OJ : Etre à la prod d’un morceau/projet Hip-hop ou musique actuelles.

 Il y a une prise de conscience a avoir : la musique n’est pas gratuite. Si tu veux que les artistes que tu aimes continuent a faire cette musique , il faut acheter leurs disques

 

F : Bien que les plateformes de téléchargement en ligne meurent toutes petit à petit, la pratique du téléchargement reste malgré tout très ancrée pour la génération des « digital natives ». Les artistes vendent moins de disques en revanche ils font globalement plus de scènes. Qu’en pensez-vous ?

Gold : C’est un débat sans fin. D’un coté l’accès illimité à la musique pour tous, même ceux qui n’ont pas les moyens et la possibilité de découvrir une multitude d’artistes que tu n’aurais jamais écouté sans ça. Et de l’autre coté, les artistes eux mêmes qui galèrent a vivre décemment de leur musique. Il y a une prise de conscience a avoir : la musique n’est pas gratuite. Si tu veux que les artistes que tu aimes continuent a faire cette musique , il faut acheter leurs disques. Sinon, ils vont aller bosser pour gagner des sous. On peut aussi envisager ca comme un geste militant. Acheter un disque aujourd’hui c’est un acte fort et un message envoyé aux maisons de disques.

F : Vous achetez encore des albums ?

Gold : Bien sur. J’achète tous mes albums. Du plus en plus sur iTunes, mais j’ai un bon paquet de CD et j’aime bien chiner les bacs à vinyles.

Oj: Idem.

F : Vos coups de cœur hip-hop de cette année 2012 ?

Gold : yU. The Earn est un album exceptionnel. Décembre 2011 c’est un peu 2012 quand même, non ?

OJ: Tout frais le dernier de Fly Lo « Until the quiet comes » une belle petite histoire, même si c’est pas un album strictement Hip-hop.

F : En 2012, vous avez énormément tourné. DJ Sets, concerts, évènements divers… A Paris notamment, mais également dans toute la France, quelle a été la réaction du public ?

Gold : Énormément n’est pas vraiment le mot. On va plutôt dire qu’on a fait quelques concerts. Les DJ sets, ça passe tout seul. Les lives c’est plus difficile, on a essayé de reproduire sur scène l’album. De longues plages instrus, de l’improvisation… c’était une petite erreur, on a tout de suite eu envie de durcir le ton et d’envoyer plus la purée. Les prochains live vont être plus comme ca.

F : Vous avez eu des retours sur la façon dont votre musique a été reçue à l’étranger ?

Gold : Bien sur ! La majeure partie des disques se sont vendus aux US. On a pas mal de retours d’Australie , du Japon. On a des retours du monde entier grâce a Fatbeats et son rayonnement mondial.

F : C’est classe, ça c’est vraiment top. Quelle est votre actu pour cette fin d’année et l’année prochaine ?

Gold :  On mixe au Djoon le 6 oct ! On fait un live au Beatmaking contest a Lille le 15 novembre et a la Batterie a Guyancourt le 17 novembre, on présente notre nouveau concept live avec des projections vidéos. On collabore avec AllAccess , un collectif de Graphistes, créatifs, ingé lumières sur la créa visuelle.

OJ: La préparation d’un nouvel opus l’année prochaine.

F : Et pour finir, vous avez un mot à dire aux lecteurs de FreshVibez qui liront cette interview ?

Union: Si vous lisez ces mots, c’est que vous avez tout lu, donc bravo et venez nous dire bonjour sur facebook, Union Analogtronics.

Merci les gars, c’était vraiment sympa d’échanger ces quelques mots avec vous ! A bientôt.

Union: Merci à vous!

 *BONUS:  Découvrez un titre de l’excellent album « Headhunter » d‘Herbie Hancock